Article 2: définition de l'art

Qu'est-ce que l'art? ___ Une proposition de définition

Petit texte de nature philosophique dans lequel je tente de définir l'art en m'inspirant lâchement d'une méthode kantienne.

En effet il y a beaucoup de blabla teinté d'idéologie sur la nature artistique de certains objets. Un plug anal gonflable géant est-il un objet artistique? Les films Marvel sont-ils de l'art comme le niait Scorsese? (si on comprend le cinéma comme l'unique représentant de l'art du format) 

Or portant à la fois la casquette de philosophe et d'artiste (tous deux autoproclamés puisque je ne pense pas que mes études seules justifient de tels titres au vu des pitres rencontrés en fac de philo p.e.), je me trouve à la croisée des routes qui mènent à cette recherche. Action et réflexion patati patata.

En un mot commençons par lister quelques critères qui me semblent pertinents pour mener cette recherche. 

 - Évidemment quelques constatations empiriques s'imposent; nous baignions dans un certain environnement culturel et le mot art a une certaine connotation dont je ne me vois pas me départir. Ce sera mon point de départ, comme de juste: qui nie que la Joconde est une œuvre d'art? Personne. Il y a bien certaines œuvres qui font l'unanimité pour peu qu'on n'utilise pas des définitions trop perchées du terme, voir trop absconses. Ce qui me semble évident, donc, est qu'il faut partir d'un certain corpus qui fait état, de manière consensuelle, de corpus artistique mondial (pourrait on dire). Sans doute faudra-t-il revenir sur certains de ces éléments plus tard, mais ils sont la base du travail.

 - Ensuite je veux prendre position sur un élément qui mine de rien a son importance: la question de l'appréciation  personnelle. Ca n'est pas de l'art, c'est trop nul! disent certains, alors que d'autres assurent du contraire. Mais le fait de prendre un sujet collectif (par là, au contraire de marxistes, il me semble, j'entends un sujet intellectuel, un objet de pensée perceptible par une collectivité, et non un type de groupe social. Mais je précise que je ne suis pas versé en marxisme) un sujet collectif comme sujet, donc, force à se séparer de l'appréciation personnelle, un objet extrêmement variable, en plus d'être complètement subjectif. Et même si on imaginait que le monde appréciait universellement une œuvre, ce ne serait pas encore suffisant pour en faire un critère justifiable puisque ce ne serait jamais qu'une regroupement d'individus et d'avis, et non une vérité globale à laquelle tous seraient forcés de se plier par nécessité.

 - De plus, sur un aspect plus procédurier, je pense qu'il est nécessaire de se prémunir des petits malins tentant d'échapper aux cages des définitions. Sitôt on a dit que l'art doit être beau qu'ils s'empressent de faire de l'art laid. On met au centre la création, et ils font du ready-made; on crée une académie et l'art non-académique émerge. C'est comme s'il y avait des volontés individuelles ou une vitalité artistique se stimulant par la contradiction aux normes. Alors pour définir l'art il faut d'un coup enjamber ce fossé, couper l'herbe sous le pied des fouleurs de définitions.

 - Ensuite, dans un mouvement auquel je trouve une certaine contractibilité, je précise qu'il n'est pas inutile à mon avis de prendre en compte les avis communs, au moins comme des propositions, des conseils peut-être, sur la nature du sujet. L'art doit émouvoir, l'art doit être beau, l'art est un moyen de communiquer,... On pourrait trouver des supporters à ces propositions, qui me semblent pourtant être décevantes, mais révélatrices d'éléments qu'on retrouve dans l'art et que je ne rejetterai pas au vu de ce caractère indicatif.

Mettons-nous donc au travail. Et plutôt que de chercher à droite à gauche, je veux prendre le taureau par les cornes en revenant à cette histoire petits malins contradicteurs. Je pense que la tâche sera plus facile si on cherche à définir l'art d'une manière qui immédiatement englobe toutes leurs actions possibles, si bien qu'où qu'il aillent, ils seraient déjà devancés. Alors que peut-on imaginer pour les devancer? Leur champ d'action est la création contradictoire. Contradictoire donc relative. Ils font en réponse. Ils répondent donc ils adressent. Pragmatiquement, ces créations sont des contestations. Mais plus que de simples contestations, elles sont des créations contestataires, or cela a son importance. Il ne s'agit pas de réponses par l'intermédiaire d'articles ou de billets de blog, que personne ne prend pour de l'art. (inutile de faire un billet de blog artistique pour contredire ce que je viens d'écrire, je vais aller plus loin et impossibiliser cette réponse), en un mot, ce n'est pas par le travail intellectuel que la réponse est donnée. Il faut faire quelque chose, et cette chose sera de l'art. Attention, je ne dis pas que l'intellectualisation est étrangère à l'art, mais qu'elle n'en est pas en soi.

Or donc, il me semble que le caractère commun de ces créations contradictoires est le fait d'adresser un message par la création. Problème: de dire cela m'expose à la réponse suivante: et si je faisais un tableau sans sens aucun? Eh bien ma réponse est la suivante: l'acte serait en soi une réponse à ma proposition, ce qui en ferait donc un message. 

Pourtant, tout message n'est pas artistique, et le fait d'adresser un message implique de créer ce message. Ma proposition se trouve donc tellement large qu'elle englobe une immensité d'objets dispensables.

Il me faut donc en appeler à une caractéristique de l'art qui me parait importante: sa dimension spirituellement importante. On ne dira pas que l'art n'a pas au moins une dimension de haute prétention: une chanson ne dit pas la même chose qu'une interaction verbale car elle est chargée d'une dimension qu'on prend au moins pour une tentative de hauteur spirituelle.

Cette dimension de hauteur spirituelle est déterminante. J'ajouterai cette caractéristique au message par la création. Il s'agit donc de créer en s'adressant à une partie spirituelle des sujets adressés. Bien sûr, en disant spirituel, je ne suis pas dans la technicalité au point d'entendre l'entendue substance de l'esprit. Je parle de la spiritualité qui est un objet de valeur ... selon la spiritualité humaine. Donc quelque chose de valorisé dans l'humain est ce à quoi l'art s'adresse. Pour faire cela, il faut avoir une compréhension de la communauté d'humanité spirituelle, ce qui implique donc un élément qui finira d'achever la définition que je donne à l'art: la création qui s'adresse à la valeur même d'humanité. Je te reconnais dans ta valeur d'être humain auquel je m'identifie aussi. Et je fais ceci à ton adresse. C'est de l'art.

Précisons que le mot humain n'est pas à entendre au sens des espèces animales taxonomiques mais au sens d'une compréhension intuitive du confrère spirituel.

Une conséquence de cette définition est une resituation de la compréhension de ce qu'est l'art: par exemple, il ne peut y avoir d'art au sens de "septième art": le cinéma n'est pas un art. Il n'y a d'art que dans les actes singuliers, les œuvres singulières, pas dans des généralités englobantes. S'il y a bien des œuvres qu'on peut qualifier d'artistiques et qu'il est possible de rassembler grâce à certaines caractéristiques techniques, elles ne s'inscrivent pas pour autant dans un courant artistique. Pourtant, une fois admis cela, on peut se permettre ce genre d'écarts par facilité tant qu'on garde la vérité en tête.

Autre conséquence: une délimitation peut s'opérer sur base de l'intention de l'objet. Un  film qui est fait dans le but de soutirer de l'argent à un public vu comme un marché crédule n'est pas de l'art. Si le film est fait dans le seul but de générer du fric, ça n'est pas de l'art. Il est évident que vu les coûts de production, une certaine rentabilité sera toujours d'importance et risquera de prendre part au processus créatif, mais ne mélangeons pas tout: on peut combiner rentabilité et envie de toucher cette partie spirituelle du public. Art et rentabilité ne se contredisent pas. Mais intention de faire de l'argent sont des choses radicalement différentes. Et quand la profitabilité est la seule préoccupation, il n'y a pas d'art. C'est pourquoi les publicités un exemple type d'œuvres non-artistiques. 

Par ailleurs, il n'est pas impossible que des sous-parties d'œuvres non-artistiques soient bel et bien de l'art. Un styliste employé sur la production d'un film ou même d'une publicité peut profiter d'une certaine liberté pour agir artistiquement. Il y aura de l'art dans la capsule, mais ce ne sera pas la capsule elle-même. 


D'autres conséquences sont sans doute proposables, mais elles demanderaient de passer à chaque fois d'une question à la définition, et ce n'est pas mon but ici. Cela se fera sans doute le temps voulu.

Sur ce, à la prochaine abruptement.


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